Plaidoyer pour une licence humaniste

A côté des licences classiques de nos universités, il est proposé ici un nouveau concept de licence.

Le constat :

Cinq arguments à priori éloignés les uns des autres convergent vers la nécessité d’ouvrir un nouveau type de formation dans l’enseignement supérieur :

1. Dans le futur, nos concitoyens changeront de métier et d’employeur plusieurs fois au cours de leur existence.

2. De très nombreux étudiants se trouvent en situation d’échec après des tentatives dans les licences classiques. Le cas est particulièrement flagrant avec les étudiants titulaires d’un baccalauréat technologique ou professionnel.

3. Il y a très souvent une inadéquation entre le métier exercé et les compétences acquises pendant les études universitaires.

4. Et que dire de l’hypocrisie qui voudrait faire croire à nos étudiants qu’ils trouveront du travail à un niveau supérieur ? Quand l’université se met à « fabriquer » des chômeurs ou des surdiplômés, elle ne joue pas son rôle, elle se met hors jeu, elle devient dangereuse en créant des frustrations.

5. En général, l’enseignement suivi ne laisse aucune place ni à la culture ni à la formation de la personnalité. Il se focalise sur un enseignement pointu, comme si tous les étudiants allaient devenir des chercheurs !

Conclusion :

1. La formation initiale doit préparer les étudiants à affronter plus tard les difficultés d’une vie très évolutive. Il faut armer nos étudiants de connaissances psychologiques et développer leur personnalité. Il est primordial de développer chez eux l’esprit d’initiative et le sens critique.

2. La nouvelle licence doit, d’une part, favoriser l’acquisition d’une culture « universelle » pour faire de nos jeunes des « humanistes » de notre époque et , d’autre part, faciliter l’accès à des compétences techniques conformes aux emplois disponibles.

3. Toutefois, cet enseignement doit rester souple et rien n’empêchera des étudiants de se spécialiser dans … des disciplines théoriques, s’ils veulent prendre ce risque ou s’ils sont très motivés.


Une licence innovante :


La moitié des enseignements sera commune à tous les étudiants, il s’agira de se frotter à la culture de notre époque, à l’histoire des civilisations, à l’expression orale et écrite, à la formation de la personnalité, à la connaissance de soi, au respect de l’autre, à l’utilisation de la télématique et des outils informatiques …

L’autre moitié sera optionnelle : les étudiants se confronteront à des techniques les plus variées, qui déboucheront sur des métiers bien ciblés.

Signalons que des milliers de directeurs de petites entreprises vont partir à la retraite et qu’il y a des difficultés à les remplacer en suivant les recrutements classiques, il faut donc ouvrir de nouvelles voies : c’est une chance que l’université devrait saisir. Ainsi à coté des cadres supérieurs, l’université formera aussi des cadres moyens et des artisans d’un type nouveau.

Mise en place

La mise en place de telles licences peut donner lieu à de grandes manifestations aussi bien nationales que régionales et locales.

- Manifestation nationale sur le contenu de l’enseignement humaniste de notre temps. Un débat avec des « grands » penseurs (mais pas seulement) serait intéressant.

- Manifestation nationale sur l’aide à la formation de la personnalité de nos étudiants.

- Manifestations régionales et locales sur les options à ouvrir : c’est l’occasion d’une grande rencontre entre l’Université, les Chambres de Commerce et d’Industrie, les Chambres des métiers, les entreprises …

Pédagogie

La mutualisation : un fonds commun de documents (réels ou virtuels) sera construit et mis à la disposition des enseignants. On s’inspirera des deux expériences très réussies :

- L’Université de tous les savoirs

- La chaire d’innovation technologique du Collège de France.

L’utilisation intensive des technologies de l’information contribuera à la création du fonds commun interactif. Elle ouvrira aussi une passerelle avec l’Université à distance.

Une nouvelle université

Avec cette nouvelle licence, l’université deviendra plus attrayante en offrant des options les plus variées. Elle va « armer » nos jeunes pour leur permettre de devenir créatifs, innovants et réactifs.

A la longue, avec une partie culturelle commune, cette licence apportera une réconciliation entre les études « théoriques » et « pratiques », entre « intellectuels » et « manuels ». Former des artisans, des techniciens, des cadres moyens… compétents, heureux et cultivés est une source de richesse aussi bien pour les individus que pour le pays.

Les succès à l’embauche des premières promotions formées seront vite appréciés par les étudiants et garantiront le succès de cette licence.

Et puis, l’installation de cette licence peut se faire progressivement, elle coexistera facilement avec les autres licences existantes. On peut d’ailleurs penser qu’elle les fera évoluer.

Cette licence mérite d’être testée, le risque d’échec est faible, pratiquement nul ; par contre, elle apporte de nombreuses et réelles ouvertures.

Qui plus est, cet enseignement met bien en relief les deux niveaux de formation de l’université : l’un concerne les cadres moyens tandis que l’autre est réservé aux cadres supérieurs, à la recherche …Avec la volonté affichée de former des cadres moyens, l’Université valorise du même coup sa contribution à la formation de l’élite.